Carnet d’Alep, par Camille de Rouvray

Je vivais depuis plus de trois ans en Syrie quand les printemps arabes ont éclaté. En décembre 2011, le conflit qui s’intensifiait de jour en jour entre le régime de Damas et l’opposition m’a poussée malgré moi au départ. Je suis revenue en février 2012 dans cette ville d’Alep loin de laquelle je ne pouvais me résigner à vivre. J’ai du partir définitivement à la fin du mois de juin.

Lors de cette dernière période de ma vie en Syrie, alors qu’une guerre naissait sous mes yeux, je tenais un journal. J’écrivais pour ne pas oublier ce dont j’étais témoin, parce que je n’en croyais pas mes yeux. J’écrivais aussi, surtout, peut-être, pour me tenir compagnie, pour occuper de longues soirées plongées dans l’obscurité, sans électricité, avec pour tout paysage la lueur d’une bougie et les échos de rafales d’armes automatiques dans la ville en guerre.

Loin des tergiversations diplomatiques, des opinions des « spécialistes » et effets de manches médiatiques, un désastre humain se joue en Syrie. Le pays se vide de son sang, frappé par la mort et l’exil massif d’une population victime de violences inouïes. Aujourd’hui, rendre ce carnet public, c’est rendre hommage à Alep et à ses habitants que j’ai eu le bonheur de côtoyer. Faire entendre ce texte, c’est redonner une épaisseur humaine à un pays que j’ai tant aimé. C’est aussi garder espoir dans la paix et la réconciliation.

La comédienne Laetitia Spigarelli a donné vie à ce projet en nous offrant de lire ce carnet d’Alep.